Rencontre avec Ella & Pitr : les papiers peintres

ella et pitrIls se sont croisés au hasard d’une rue alors qu’ils collaient des affiches chacun de leur côté… Depuis, ils ne se sont plus quittés ! Ces deux artistes de Saint Etienne travaillent, dessinent et affichent ensemble des personnages singuliers, hauts en couleurs, « une famille de témoins silencieux et éphémères en milieu urbain » qui ne laissent pas indifférents… Rencontre Flickr avec Ella & Pitre : les Papiers Peintres.

 

WIEN 03.2011

SAINT ETIENNE 07.2011

Quelle est l’origine de votre duo ? Comment est-il né ?
Notre duo est né d’une rencontre hasardeuse dans une rue de St Etienne un soir d’automne 2007, alors que chacun de nous cherchait un endroit ou coller son “dessein”. Nous avons commencé à coller nos premiers dessins ensemble et c’est vite devenu un mode de vie. Tous les jours nous avons collé et dessiné jusqu’à ce que cela devienne notre activité principale. Nous travaillons en couple, le dessin fait partie de notre quotidien… Du matin au soir, quand on mange, quand on amène les enfants à l’école, quand on dort… La belle vie ! Finalement nous nous sommes collés l’un à l’autre.

SAINT ETIENNE 11.2012

Comment travaillez-vous ensemble ? Qui fait quoi ?
Nous faisons tout à 4 mains comme ça c’est 4 fois plus rapide, 4 fois plus marrant et on renverse 4 fois plus de pots d’encre.
Chez les Papiers Peintres, on ne peut pas vraiment savoir qui fait quoi car chacun fait un peu tout. C’est en train de devenir une petite entreprise familiale avec ses recettes secrètes et son linge à laver.

LE CHAMBON FEUGEROLLES 10.2013
Ella & Pitr :« Les jambes dans le seau » est un dessin en anamorphose que nous avons réalisé dans une ancienne usine textile. C’est difficile à expliquer avec des mots (c’est pour ça que nous dessinons d’ailleurs) mais ça nous évoque l’usure de l’humanité, comme si l’humain s’était usé et qu’il n’était plus bon à rien alors « hop poubelle ! ».

Quelles sont vos sources d’inspiration et  vos personnages récurrents ?
Il est probable que le quotidien soit notre source d’inspiration. La rue et les errants que l’on croise. Peu à peu, une famille de boiteux se constitue sur le papier : les géants nus, les oiseaux lourds, les effondrés, les porteurs de cailloux, les vieilles, les fous et d’autres cousins à nous.

SAINT ETIENNE 09.2009 SAINT_ETIENNE 12.2013  SAINT-ETIENNE 01.2014

SAINT-ETIENNE 11.2013

Pourquoi investir la rue ? Que vous permettent les murs et le bitume comparés à d’autres supports ? L’approche est-elle la même que pour le collage en intérieur ?
La rue est un support très « matièré », habité par déjà pas mal de couches de vies, il s’agit donc d’un dialogue entre le support et le dessin qu’on va y coller, les murs intérieurs sont moins bavards (mais pas moins intéressants pour autant). La rue est un endroit où nos collages se posent comme des accidents sur le parcours du passant, c’est cette rencontre fortuite qui nous intéresse. Pouvoir rencontrer tout le monde et personne à la fois.

SAINT-ETIENNE 08.2013
Ella & Pitr :« Dans un micro-trottoir, il avait était demandé à quelques passants ce qu’ils pensaient des graffitis et deux vieilles avaient répondu à cette question en disant qu’elle trouvaient les graffitis vraiment sales et stupides et à « qu’est ce que vous auriez eu envie d’écrire sur les murs ? », elles avaient répondu en coeur « laissez les murs propres ! ».

A travers votre travail sur les cadres, quel lien particulier recherchez-vous avec les gens que vous prenez en photo ?
Au départ, nous ne savions pas bien ce que nous cherchions à part une forme d’interactivité. Nous ne pensions pas avoir autant de photos d’inconnus pour ce projet, aujourd’hui, nous arrivons bientôt à 3000 clichés…  Cela fini par dresser le portrait d’une époque, c’est assez beau et en même temps un peu grotesque (de part la situation proposée). Et ça nous fait aussi réfléchir au rapport que l’on entretient avec le regard de l’autre, comment on choisit de se présenter à un inconnu, comment certains gestes banals reviennent de façon récurrentes et pourquoi, qu’est ce que ça signifie ?

SAINT ETIENNE 10.2011
Ella & Pitr :« La vieille qui fait partie des meubles ». Cette image est un extrait d’un livre édité chez la Galerie Le Feuvre. Cette vieille habite son immeuble depuis des décennies et quelques promoteurs prient les habitants de cet immeuble de bien vouloir laisser la place libre. Tous les habitants s’en vont mais la vieille est coriace, plutôt mourir ! Cette vieille représente une forme de résistance, d’acharnement, d’obstination face à la toute-puissance. C’est un de nos personnages qui nous touche le plus.

A quel moment décidez-vous de vous lancer sur un grand format ? Quelles en sont les étapes de fabrication ?
Nous décidons de nous lancer sur un grand format lorsqu’on a trouvé le lieu idéal. Nous travaillons généralement à partir de petits croquis qu’on adapte par rapport à la taille du lieu. Nous avons quelques techniques classique de quadrillage mais nous traçons souvent directement et nous recoupons ensuite jusqu’à ce que ce soit bon. Il nous arrive de nous tromper, dans ce cas-là, on se crêpe le chignon, on part sans prendre de photos et on mange une crêpe aux champignons.

Parlez-nous de votre dernier projet : ce dessin au sol de 3600 mètres carrés.
C’est un homme tombé du ciel, peut être un genre d’Icare échoué sur la piste de décollage de l’ancien aéroport désaffecté de Santiago du Chili (Cerrillos). Nous cherchons des corps volontaires pour les prochains géants car ce n’est pas une mince affaire.

Ella & Pitr : Les papiers peintres - Interview Flickr
ELLA & PITR ©

Dans quels autres pays exercez-vous votre art et pourquoi ? 
Nous préparons nos dessins à Saint Etienne (en France) et voyageons tant bien que mal au grès des opportunités. Pourquoi ? Pour laisser une trace, par curiosité, par goût, par angoisse, par amour.

Un grand merci à tous les deux pour cette interview passionnante ! Découvrez toute la galerie de photos d’Ella & Pitr : Les Papiers Peintres, sur Flickr et retrouvez-les sur leur site.

SAINT-ETIENNE 01.2014

Interview Stéphanie Tritz & Solène