5 Questions à Lisemai

Notre invité du jour est Lisemai. Très bonne lecture !

1. Première question difficile : si vous ne deviez conserver qu’un seul boîtier, ce serait lequel ?

Lisemai : J’ai une dizaine de boitiers, ça va de l’Ikoflex au 40D, en passant par le XA2, le OM1, un vieux Polaroïd et même des trucs complètement bizarres, mais « s’il ne devait en rester qu’un » ce serait mon boitier avec lequel j’ai tout commencé, mon Voïgtlander Bessa R, kitté avec un objo Voïgtlander Ultron 35 1.7 et des néons bleus en-dessous, une tuerie qui a raflé mon coeur. Et quand je serai grande j’aurai un Hasselblad, on m’a laissé y toucher parfois (avec précaution) et mon rythme cardiaque s’est emballé…

2. Une autre question difficile (peut être?) Parlez-nous de vos photos préférées sur Flickr en commençant par les vôtres.

Lisemai : Oh la la oui c’est dur ça ! en général mes photos qui plaisent ne sont pas forcément celles qui me plaisent à moi.

J’ai eu une période où je m’amusais à faire des autoportraits, c’est pratique de s’avoir sous la main pour faire n’importe quoi, en plus il se trouvait que j’étais assez disponible à cette époque, alors j’ai farfouillé plein, essayé des tas de choses et ça donne des tas de montages et des idées un peu barrées avec des pétages de plomb dedans (ou pas)

Le vieux self au Nikon du padre Toma toe sunday
» Le vieux self au Nikon du padre » Tomatoe Sunday
J'ai noyé ma tristesse dans le creux de tes fesses La dernière bouffée
» La dernière bouffée » J’ai noyé ma tristesse dans le creux de tes fesses

Ensuite je me suis un peu lassée de ça et je me suis plus ouverte aux autres, en fait j’aime photographier les gens, surtout les gens que je côtoie, les autres gens j’ai du mal je suis une grande timide, attendre patiemment qu’une expression que j’ai repérée chez quelqu’un repointe le bout de son nez, saisir une attitude, un regard, tous les gens qui me passent sous la main je les prends en photo, comme une espèce de souvenir d’un moment, comme pour les garder avec moi, il y a tellement de moments dans ma vie où j’aurais aimé saisir un visage sans avoir eu l’occasion de le faire que je me rattrape maintenant.

Ma grand-mère bionique est fantastique
» Ma grand-mère bionique est fantastique

Air connection L'absente
» Air connection » L’absente
DJ Gero Il y en a qui l'ont vu sourire (en 1948)
» DJ Gero » Il y en a qui l’ont vu sourire (en 1948)

La robe de dimanche Tante Olga dit qu'il n'y a plus qu'un cureton pour 10 paroisses si c'est pas malheureux elle dit
» La robe du dimanche » Tante Olga dit qu’il n’y a plus qu’un cureton pour 10 paroisses si c’est pas malheureux elle dit

Bon et puis de temps en temps je photographie des trucs morts, des endroits, des atmosphères, des objets mais c’est moins fréquent, c’est moins ma tasse de thé, j’admire à chaque fois ceux qui photographient des villes, des architectures, des paysages en trouvant des points de vue complètement novateurs et intéressants, moi je suis pas très bonne à ça.

La côte de boeuf, la cheminée, le cidre et le gratin dauphinois "Tu sais la Bretagne pour un mec de Chicago..."
» La côte de boeuf, la cheminée, le cidre et le gratin dauphinois » « Tu sais la Bretagne pour un mec de Chicago… »
Marche à l'ombre Ne bouge pas
» Marche à l’ombre » Ne bouge pas

Floating under invisible curtains
» Floating under invisible curtains

En revanche dernièrement j’ai commencé à collectionner des lits, des lits avec des empreintes de corps disparus, ça remue des tas de sentiments en moi ça ne s’explique pas

De la sueur et des lits
» De la sueur et des lits » Sans titre

Sinon j’ai aussi quelques dessins en ligne sur flickr, mais je les expose surtout sur mon blog Dis camion : lisemai.canalblog.com

Parlons aussi de vos proches sur le réseau…

Lisemai : je vais commencer par la personne qui me touche le plus dans cet environnement flickr, ePug – ce touche-à-tout, que dis-je, cet artiste, vit dans un pays nul où il pleut 363 jours par an, du coup il n’a rien d’autre à faire que creuser, expérimenter, faire tourner le petit laboratoire de son imagination et il nous balance à la figure des photos terriblement touchantes, innovantes et fortes, qui mélangent des tas de procédés, peinture, bricolage, surimpressions, machine à écrire et j’en passe, plusieurs fois j’ai eu les larmes aux yeux devant une de ses photos « I sat here » (série typewriter) qui parle d’absence, du passé et qui m’a chamboulée comme une belle chanson triste.

Dans les gens qui m’entourent j’en citerais quelques uns :
La classe de Tommy Oshima. L’univers fantômatique de cept_id.
Les portraits de Simon Grossi.
Les autoportraits aux petits oignons de monsieur Beteille.
Les polaroids et les couleurs de Sol Exposure.
La folie british de Zach Manchester.
L’univers urbain qui volette comme une plume de tranuf.
Les images de Stéphane Giner.
La délicatesse des nus de Louise imagine.
Les photos bleues et poétiques de tenoot.
Les portraits un peu pubeux-niaiseux du Benoit P.
Les trucs et les couleurs de LNpom.
Les autoportraits malicieux d’Eve.

Le journal photographique de schizoo.
Les photos de mariage d’edwardolive.
Les compositions colorées d’od..
La touche de Zespiral.
La mexicanitude du Mexicain.
Et puis encore bien plus…

3. Quels conseils donneriez-vous à un débutant dans la photographie ?

Lisemai : je n’ai pas commencé par la photo j’ai au départ une formation en arts graphiques, donc je vais faire un parallèle avec le dessin, au début je dessinais en essayant de me rapprocher le plus de la réalité, de dessiner des choses très académiques et figuratives, de copier des dessins, des peintures, des compositions, des idées qui ne sont pas à soi, quand on en arrive là c’est un stade nécessaire mais c’est le moment de passer à l’étape supérieure (quand on a la chance que ça arrive) parce que recopier fidèlement la réalité n’importe quel élève des Beaux-Arts peut le faire, c’est seulement après qu’on voit son geste s’envoler et devenir plus libre, puis prendre une personnalité propre en ayant puisé un peu partout, après s’être affranchi des règles, il y avait un type qui nous martelait toujours (en parlant de typographie mais ça vaut aussi pour le reste) « c’est seulement quand on connait les règles qu’on peut les transgresser »
Cela dit il y a aussi des contre-exemples à ça, une amie fait de fabuleuses photographies de gens (qui ne sont hélas plus visibles sur flickr) sans connaitre une once de technique, d’histoire de la photo, rien, mais ses photos viennent du coeur, son oeil est unique et magique, elle réussit à créer un rapport très spécial et intime avec ceux qu’elle photographie.
En fait ils sont chanceux ceux qui ont déjà un oeil, c’est le plus important au final.
Pour les autres qui ont moins de bol, qu’ils gardent en tête que la curiosité n’est pas du tout un vilain défaut.
Ah et aussi hin, le matos photo ne fait pas tout, je rigole à chaque fois que j’en vois s’acheter des boîtiers de dingues, comparer leurs gros zooms et ne parler que de ça, comme si la photo en elle-même était secondaire. Et puis 99,9% des gens essaient de faire de belles images sans chercher à aller plus loin, à essayer de pousser les choses jusqu’à les « rater » pour dépasser le stade du bête contentement d’une jolie photo bien faite qu’on est fier de montrer, dans l’idéal il faut se faire un peu violence, faut écouter cet artiste pas très connu qui s’appelait Pablo P. et qui disait « Tout acte de création est d’abord un acte de destruction ».

4. Question classique que l’on pose aux candidats chez Flickr : vous êtes plutôt chatons, bébé, fleurs ou coucher de soleil ?

Lisemai : Fleurs, nein. Couchers de soleil, nein, ou alors les couchers de soleil vus du ciel, c’est un nouveau concept. Chatons oui sévèrement, j’adore mais je me retiens fort, j’ai des phases où je mitraille le mien, de gros chaton, mais je n’emmerde personne avec, d’ailleurs il y en a beaucoup qui m’en savent gré. Les bébés pourquoi pas, mon doux rêve trop secret c’est de supplanter Anne Geddes (mais j’ai pas encore commencé) (et j’arrête demain)

5. Quel membre Flickr souhaitez-vous inviter sur ce blog ?

Lisemai : J’ai envie d’y lire Romain aka Photogrin avec qui les discussions sur la photo sont passionnantes avec des bouts d’avis sans concession dedans, Romain ! Romain ! Romain !

Merci Lisemai pour cet entretien. Vous pouvez lire ou relire les précédents entretiens du Blog Flickr sur cette page.